Conference

Des nouvelles d’AVES – News from AVES

AVES est l’association des ornithologues belges francophones. Ils maintiennent un site internet www.observations.be où chacun peut déposer ses enregistrements audio ou témoignages concernant les oiseaux.

Le 12 octobre 2013 s’est tenu un congrès anniversaire des 50 ans d’AVES à Namur (programme ; présentations). J’ai pu assister à une partie des conférences dont voici un compte-rendu.

Corentin Rousseau de l’ONG Batumi Raptor Count a présenté le travail de son association. Le contexte est le suivant : tous les ans au mois de septembre, un million de rapaces en provenance de Russie passent dans le ciel de Batumi en Géorgie – Batumi est le troisième site de migration de rapaces dans le monde. Cette ville est située sur les bords de la mer Noire, côté Caucase. La mer et les montagnes du Caucase forment des obstacles naturels qui laissent peu de choix aux rapaces pour leur itinéraire. Il y a également des courants aériens à Batumi qui sont très favorables à certaines espèces. Pour les ornithologues, ce goulot est une aubaine pour étudier l’état des populations de rapaces russes, qui représentent pour certaines espèces la totalité des effectifs mondiaux. Mais l’Europe de l’Est et la Sibérie couvrent d’immenses territoires et comptent peu d’ornithologues déclarés. Et donc, tous les ans à Batumi, la migration des oiseaux s’accompagne d’une migration d’ornithologues volontaires venus d’Occident, qui logent chez l’habitant et s’emploient à compter des centaines de milliers d’oiseaux.

Batumi region - Corentin Rousseau

Batumi region – Corentin Rousseau

Le travail de Batumi Raptor Count consiste à motiver ces écotouristes mais également à établir le dialogue avec la population locale, qui n’est pas nécessairement sensibilisée au fait que la richesse que représentent ces millions de rapaces dans leur ciel est menacée. Par ignorance, mais surtout poussés par la pauvreté, les autochtones chassent ces proies faciles qui passent chaque année à leur portée. Idéalement, l’ONG souhaiterait mobiliser la population autour d’un projet d’écotourisme.

L’intervention de Didier Vangeluwe de l’RBINS a naturellement concerné les faucons pèlerins, qu’il traque aux quatre coins du continent Eurasie. Ces oiseaux ont été décimés par les pesticides DDT (dorénavant interdits) et leurs populations commencent doucement à récupérer. En été, la population qui fait son nid en Sibérie partage ses territoires avec la Bernache à col roux (une espèce d’oie très rare).

Les quartiers d’hiver de la bernache sont situés aux abords du détroit du Danube (Roumanie, Bulgarie) et en Turquie. Les habitats roumains ont été déplacés par l’implantation de champs d’éoliennes et la Bulgarie devrait bientôt construire les siens ; il y a donc quelques interrogations en ce qui concerne la survie des bernaches.

Didier Vangeluwe et ses associés sont allés les traquer sur leurs lieux de séjour en Sibérie pour compter les nids et éventuellement extrapoler une impression sur l’état de l’espèce (les marges d’erreur ont bien sûr la taille de la Sibérie). Par deux fois ils ont descendu 300 km de rivières sur un radeau et passé leurs journées à compter. Ils ont aussi pu observer à quel point les nids étaient proches de ceux des faucons pèlerins qui sont des prédateurs pour les oies ; c’est probablement une association pour lutter contre un prédateur commun, le renard polaire.

Sibérie - Siberia - Carte Goggle Maps

Sibérie – Siberia – Carte Goggle Maps

Pour compléter le suivi des oies et des faucons entre la Sibérie et le Danube, certains ont été équipés de transmetteurs GSM qui ont permis de suivre les migrations. Tous les jours à heure fixe, les oiseaux téléphonent à Didier Vangeluwe et lui font connaître leur position. Le système est couplé avec Google Earth et on peut visualiser la progression des oiseaux, leurs choix pour contourner ou survoler les massifs montagneux, etc. Parfois, en cours de route, les oiseaux se perdent ou se fatiguent et ont besoin de rester au même endroit quelques semaines le temps de récupérer. On peut ainsi voir les faucons pèlerins profiter des infrastructures humaines : ils se perchent sur une cathédrale au Kazakhstan ou une plateforme pétrolière au large de Baku en Azerbaïdjan. Ceci montre que protéger les zones de nature en ville a son intérêt.

Verena Keller a donné des nouvelles du grand projet de l’EBCC qui vise à opérer un recensement des oiseaux à l’échelle européenne. Chaque pays est responsable de son territoire, mais les nations de l’Est manquent souvent d’ornithologues ou de moyens financiers pour organiser le travail. Les ornithologues sont toujours encouragés à aller donner un coup de main ailleurs pendant leurs vacances. Ce travail de recensement est indispensable pour comprendre l’état de la biodiversité européenne. À l’Ouest, les travaux réalisés pointent tous dans le sens d’une diminution d’au moins 30% des oiseaux vivant sur les terres agricoles au cours des vingt dernières années.

D’après le compte-rendu de Jean-Yves Paquet (AVES), en Belgique, les hivernants oiseaux d’eau sont en baisse récurrente, à cause de la diminution des stocks de poisson et du changement climatique. Les oiseaux des milieux agricoles se portent très mal et ceux des milieux forestiers sont à surveiller. Le tétras lyre et la gélinotte cendrée sont au bord de l’extinction. La mise sous Natura 2000 n’a pas démontré d’impact pour l’instant. Une collaboration est à l’œuvre avec le transporteur d’électricité Elia pour réfléchir à des mesures visant à diminuer le nombre de collisions entre oiseaux et lignes électriques.

***

AVES is the organization of Belgian (French speaking) ornithologists. They maintain a website, www.observations.be, where anyone can upload their audio records or log in their witness accounts about birds.

On the 12th of October, 2013, AVES organized a congress in Namur for its 50th anniversary (program; presentations – all is in French though). I attended some of the talks and meant to report about it.

 

Corentin Rousseau of the Batumi Raptor Count NGO presented the work of his organization. The context is the following: every year in September, a million raptors coming from Russia fly over in the sky of Batumi in Georgia – Batumi is the third site of raptor migrations in the world. The city is located on the Caucasian side of the Black Sea. The sea and the Caucasian mountains are natural obstacles which leave little choice for raptors to choose their itineraries. There are also wind currents in Batumi that particularly favor some species. For ornithologists, this bottleneck is a rare chance to study the state of Russian raptor populations, which are the entire world population for some species. But Eastern European countries and Siberia cover endless territories and have few ornithologists. And so, every year in Batumi, the bird migration is followed by a migration of birders; volunteers from the West stay with the locals and keep themselves busy counting hundreds of thousands of birds.

Chemins de migration - migration paths - Corentin Rousseau

Chemins de migration – migration paths – Corentin Rousseau

The work of Batumi Raptor Count is to motivate these ecotourists but also to establish a dialogue with the local population, which is not necessary aware that the wealth of these millions of raptors in their sky is threatened. Out of ignorance, but mostly pushed by poverty, the inhabitants hunt these easy preys which come in their grasp every year. Ideally, the NGO would like to bring the population together around a common project of ecotourism.

Naturally, Didier Vangeluwe of the RBINS talked about the same peregrine falcons that he chases in every corner of the continent. These birds were decimated by DDT pesticides (nowadays outlawed) and their populations are starting to recover. In the summer, the population which nests in Siberia shares its territory with red breasted gooses (a rare kind of goose).

The winter quarters of the red breasted gooses are by the Danube delta (in Romania and Bulgaria) and in Turkey. The Romanian habitats were displaced when wind farms were built and the Bulgarian ones should soon know the same fate. Hence there are some questions surrounding the resilience of red breasted gooses.

Didier Vangeluwe of the RBINS and his associates went to track them down all the way up to Siberia (full story in French but the pictures are still worth it). They meant to count nests and possibly extrapolate the results to get a sense of the state of the specie (with margins as large as Siberia). Twice they went down 300 km of rivers on rafts, spending their days counting. They were also able to observe how close the nests were from those of the peregrine falcons, which are predators to gooses. It might be an association to protect themselves from another, common predator: the polar fox.

To complete the story with the missing leg between Siberia and the Danube, some gooses and falcons were equipped with GSM transmitters which allowed tracking the migrations. Every day at the same time, the birds would call Didier Vangeluwe and let him know their position. The system is coupled with Google Earth and one can follow the progress of the birds, how they choose to fly around or over mountains, etc. Sometimes, on the road, some birds get lost or quite tired and they need to spend a few weeks at the same place to recuperate. In these circumstances, peregrine falcons make the best of human infrastructure: they perch on a cathedral in Kazakhstan or on an offshore oil platform off Baku in Azerbaijan. This shows the interest of protecting nature zones in cities.

Champs pétroliers SOCAR Oil Fields #6, Baku, Azerbaijan - Edward Burtynsky

Champs pétroliers SOCAR Oil Fields #6, Baku, Azerbaijan – Edward Burtynsky

Verona Keller brought some news from the great EBCC project which aims to organize a full-scale European bird census. Every country is responsible from its own territory; however Eastern nations often lack the number of ornithologists or the funds necessary to perform the task. Ornithologists are always encouraged to go and vacation in these countries and seize the opportunity to give a hand. This census work is imperative to understand the state of biodiversity in Europe. In the West, existing counting schemes all highlighted how birds living on farmlands have all declined by at least 30% in the last twenty years.

According to the report of Jean-Yves Paquet (AVES), in Belgium, the wintering water birds are also decreasing, because of the scarcity of fish stocks and of global warming. Farmland birds are in a poor state and forest birds are to be watched. The black grouse and hazel grouse (?) are close to extinction. Putting zones under Natura 2000 protection status has shown no impact so far. A collaboration is ongoing with electricity transporter Elia to study countermeasures to avoid bird collisions with electric lines.

 

Front image (red-breasted gooses) by Massimiliano Sticca

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